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Les Gardiens des Tumulus - 1er partie

Photo du rédacteur: Jean-Louis de BiasiJean-Louis de Biasi

Dernière mise à jour : 18 févr.

Tumulus à côté de Castillonnès

1er partie : Les Ombres du Nemus


Le vent s'engouffrait entre les grands chênes du Nemus Castelionesium, cette vaste forêt qui recouvrait autrefois les terres de l’actuel Lot-et-Garonne. Quelques chemins sillonnaient les voutes sombres des arbres, mais on pouvait parcourir parfois de longues distances sans voir clairement le ciel. Les hautes fougères rajoutaient à cette ambiance presque inquiétante. Nul ne savait vraiment si les petits peuples vivants entre les racines des arbres et sous les fourrés étaient réels ou pas. Tant de personnes les avaient vus et entendus que ce ne pouvait être le résultat de l’imagination. Aujourd’hui encore le vent faisait entendre son chuintement, apaisant pour certains, sépulcral pour d’autres. Ce soir-là, Branoc, jeune initié Nitiobrige, avançait prudemment entre les arbres. Il était le fils d’un forgeron respecté, mais son cœur aspirait à une autre destinée : devenir druide. Devant lui apparurent quelques pierres levées dépassant à peine des fougères. Ce lieu particulier était sacré, un sanctuaire où seuls les initiés pouvaient pénétrer sans craindre la colère des dieux. Là, sous la canopée épaisse, se dressaient des tumulus mystérieux, témoins silencieux d’un passé presque oublié.

Le vieux Segomaros, maître des rituels, l'avait convoqué pour une épreuve décisive. Le soleil avait disparu derrière l’horizon depuis un certain temps maintenant, mais Branoc pouvait encore apercevoir l’étroit chemin sur lequel il avançait avec confiance. La végétation s’éclaircit et il vit son maître qui l’attendait, tel un arbre immobile, une branche de chêne à la main.

— “Branoc, la nuit tombe. Es-tu prêt à marcher parmi les ombres des ancêtres ?”

La voix du druide était aussi rauque que le cri du corbeau. Branoc hocha la tête, alors que le druide lui tendait la branche qu’il saisit. Segomaros leva un bras noueux vers le tumulus bordé d’un fossé rempli d’eau.

— “Voici la Mouttette. C'est un lieu de batailles passées et à venir. Les âmes des guerriers y errent, prisonnières du temps. Ce soir, tu dois les écouter.”

Branoc sentit un frisson courir le long de son échine. Il avait entendu les légendes : ceux qui osaient troubler le repos des morts voyaient leurs songes hantés à jamais. Nombreux sont ceux qui avaient perdu leur raison et continuaient à errer dans les bois, répétant sans fin des mots en une langue inconnue que tous prenaient pour le résultat de leur folie. Il fallait avancer avec une intention pure et non pas dans une quête de puissance individuelle.

Mais il n’était plus temps d’hésiter et Branoc saisit la torche faite de roseaux et de résine que Segomaros lui tendit. Celui-ci pris une coupe de terre cuite rouge qui était posée sur une pierre plate à demi couverte de mousse gorgée d’eau. Celle-ci contenait des cendres que Branoc soupçonna être d’origine humaine. On brûlait encore le corps des morts et il n’était pas rare que les druides récupèrent une partie des cendres de personnages importants. Il plongea les doigts de sa main droite dans la cendre et traça trois traits sur son front. Un trait central vertical et deux autres de chaque côté, légèrement inclinés vers le haut et le centre. Puis il s’approcha de Branoc et traça le même signe sur son front. A l’instant où il traça le premier trait vertical, une forte sensation apparut au sommet de sa tête accompagnée d’une réelle chaleur pénétrant son crâne jusqu’à la base du cou. Les deux autres traits l’entourèrent de lumière tandis qu’une chaleur descendait le long de sa colonne vertébrale jusqu’à la base du dos. Quelques minutes plus tard, le vieux druide répandit quelques cendres sur les pieds de son élève. Le froid s’établit alors comme s’il posait ses pieds sur une dalle de pierre glacée.

— “Avance vers le tumulus, mais souviens-toi : ne brise pas le silence des morts.”

Branoc inspira profondément et commença d’avancer. La nuit était tombée et les ombres semblaient danser sur les pierres anciennes entourées de fougères agitées par le vent. Il commença à monter sur le tumulus par une sorte d’escalier dallé. Soudain, alors qu’il posait le pied sur l’espace aplani du sommet, un bruit résonna dans le silence oppressant. Un craquement sourd, comme si la terre elle-même retenait son souffle. Puis, une voix… faible, lointaine, et pourtant distincte.

— “Qui ose troubler le cercle des ancêtres ?”

Branoc sentit son cœur cogner dans sa poitrine. Il n’était plus seul.


À suivre…

Dans le prochain épisode :

➡ Que cache la Mouttette ?

➡ Branoc osera-t-il répondre à l’appel des esprits ?

➡ Segomaros connaît-il la vérité sur le tumulus ?


🔮 Ne manquez pas la suite !


Castillonnès, tumulus

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